La Barque s’indigne!

14658152_1783458168577811_404466032_nC’est l’histoire de trois enfants qui sont nés en Russie. Ils n’ont jamais connu leur pays d’origine, l’Afghanistan, que leurs parents ont fui pour leur offrir un avenir meilleur. C’est également l’histoire de leur petite sœur, née en juin dernier sur le sol Suisse, près de ses grands-parents et du reste de sa famille. Aujourd’hui, les trois grands de la fratrie sont quelque part. Dans un foyer. Personne ne sait où, à part le Service de l’Enfance et de la Jeunesse. Le petit dernier, lui, est en prison.
Oui. Un bébé de 4 mois dort actuellement en prison à l’aéroport de Zürich. Dans les bras de sa mère qui devient folle. Folle d’inquiétude de n’avoir aucunes nouvelles de ses autres enfants, folle de rage d’être enfermée dans une cellule, loin de l’air frais que mérite son petit qu’elle allaite encore. Folle de désespoir d’être renvoyée dans un pays qui hait les femmes et la Liberté.
Cette histoire commence comme plein d’autres. Avec une famille qui quitte un pays pour se rapprocher des siens. J’ai rencontré Mirjam Kloeti, la cousine de cette maman. Elle a un passeport Suisse, parle parfaitement le français et le suisse-allemand. Elle est mariée et travaille tous les soirs au comptoir de Fribourg. Rien ne la distingue des autres filles de la région.

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Pourtant, voilà une semaine qu’elle se bat pour que la situation de sa cousine se débloque. Sa cousine qui, enceinte, a quitté la Russie avec son mari et ses enfants. Arrivés en Norvège, ils demandent l’asile, qui leur est refusé. Ils ont peur, parce que la Norvège ne les renverra pas en Russie, mais bien en Afghanistan, leur pays d’origine. Ils décident donc de fuir en direction de la Suisse, vers leurs oncles, tantes et cousins qui y vivent. Arrivés sur le sol helvétique en avril, ils font une nouvelle demande qui leur est à nouveau refusée. La Suisse n’entrera pas en matière et n’usera pas de son droit de réexaminer la première demande d’asile. La Suisse, contrairement à la Norvège, ne renvoie pas dans les pays en guerre. Hors de question donc de renvoyer cette famille en Afghanistan, ce serait illégal. Aucun problème par contre à les renvoyer en Norvège, en suivant les accords de Dublin, et à fermer les yeux pour la suite de l’histoire.
Toute la famille sait qu’elle sera renvoyée sous peu, mais ils profitent de la vie ici et sont heureux quand le foyer dans lequel ils vivent à 6 dans une pièce leur promet de leur trouver un appartement plus approprié aux besoins des enfants, qui seront même scolarisés. Le jour du déménagement, la maman cuisine afghan pour tout le centre, les enfants sont excités. Ils trépignent quand ils voient la police arriver, pensant que les agents vont les conduire vers leur nouvel appartement. Mais les agents les conduisent tous en prison, à Zug.

14643035_1783458165244478_397879749_nC’est l’incompréhension, le reste de la famille tente de les contacter, mais impossible. La grand-maman supplie de voir ses petits-enfants une dernière fois, mais sa demande n’aboutit pas.
Finalement, la famille est emmenée vers Zürich. Le père, hors de lui, résiste et la maman crie. Les agents interviennent, le père est menotté au sol, le bébé arraché des mains de sa mère qui elle aussi est brutalement saisie et menottée. On jette la mère et ses enfants dans une pièce sans fenêtres. Les enfants ont peur, ils ne savent pas où est leur père et craignent qu’il soit exécuté. Ils pleurent. La police entre et prend les trois grands, sous les yeux de leur mère désespérée. On lui a rendu son bébé, mais elle voit partir ses trois autres petits. La fille de 5 ans hurle tellement qu’elle n’arrive pas à reprendre son souffle. Elle n’aura plus de leurs nouvelles.
Elle doit maintenant passer la nuit avec son bébé, dans cette pièce fermée et sans fenêtres. Elle n’a qu’un mince drap pour le réchauffer.
Le lendemain, la mère et son bébé ainsi que le mari sont ramenés séparément à Zug. Puis la maman repart vers Zürich pour des raisons inconnues.

Actuellement, la maman qui allaite son bébé est en cellule à Zürich. Quand elle peut sortir de la cellule, une femme, prisonnière elle aussi, l’aide à porter et changer son bébé, puisqu’elle a été blessée au bras lorsque la police l’a violemment saisie. Le bébé pleure beaucoup, toute la nuit, il fait des allergies. Ils ont demandé de l’assistance médicale, depuis 7 jours, elle n’en a toujours pas reçue. Depuis 7 jours, elle n’a pas de nouvelles de ses enfants. Personne de la famille ne sait où ils sont.

14642921_1783458161911145_26236245_nLe SEJ répète à la famille de ne pas s’inquiéter, qu’il y a des interprètes (les enfants ne parlent pas l’allemand). Ils refusent la visite de la famille avec un avocat, et refusent tout contact téléphonique, prétextant qu’il y a un trop grand risque que la famille enlève les enfants.
Jusqu’à aujourd’hui, toutes les demandes ont été refusées, ou pas encore traitées. Tout est lent. Personne ne sait où sont ces enfants alors qu’ils ont une famille en Suisse, prête à les accueillir dans une grande maison, dans laquelle chacun aurait sa chambre. Les parents de Mirjiam ont des passeports suisses, ils aimeraient accueillir les enfants et ne comprennent pas que cette demande soit refusée.
Des associations et des organisations internationales se sont désormais saisies de l’affaire.

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Mais rien n’enlèvera la honte que je ressens aujourd’hui de savoir que mon pays, celui qui est géré par des gens que j’ai élus, traite des enfants et leur famille aussi mal. Jamais je n’aurais cru que mon pays soit capable de telles choses. Imaginer la douleur de cette mère que l’on sépare de ses enfants de force, et à qui on ne donne aucunes nouvelles me fait froid dans le dos, sans parler de ce bébé de quatre mois qui n’a pas respiré d’air frais depuis une semaine…
Merci de partager mon message. De le relayer, d’alerter votre réseau, les médias. Il est hors de question que ces enfants soient renvoyés en Norvège, puis vers un pays qu’ils ne veulent pas connaître et dans lequel leurs soeurs, leur mère seront traitées de la pire des façons, et que ni les frères, ni le père n’auront d’avenir.

Article de Marie Riley, 11.10.2016